Les troubles musculosquelettiques (TMS) sont le premier problème de santé au travail en France, loin devant les accidents. Voici ce qu'ils sont, qui ils touchent, et pourquoi ils concernent tous les métiers — y compris le travail de bureau et le télétravail.
Un TMS (trouble musculosquelettique) désigne une douleur ou une gêne qui touche les articulations, les muscles ou les tendons, le plus souvent au niveau des épaules, des coudes, des poignets, des mains ou du bas du dos. En clair : le corps a été sollicité au-delà de ce qu'il pouvait supporter, et il le fait savoir.
Il ne s'agit presque jamais d'un simple ressenti passager : ce trouble constitue un véritable signal d'usure, qui peut résulter de gestes répétés, de mauvaises postures, mais aussi du stress ou d'une organisation du travail inadaptée.
Les douleurs les plus fréquentes touchent l'épaule (un peu plus d'1 cas sur 3) et le poignet ou les doigts (environ 1 cas sur 3 aussi). Le mal de dos, à lui seul, est responsable d'environ 1 accident du travail sur 5.
Source : Assurance Maladie (ameli.fr), chiffres 2024
Ce phénomène est plus fréquent qu'il n'y paraît. Chez les personnes qui travaillent, une étude nationale a montré que :
Ce phénomène concerne une large part de la population active, dans tous les secteurs, et non uniquement les métiers physiques.
Source : Santé publique France, 2021
Un TMS ne résulte presque jamais d'une seule cause : il découle le plus souvent de la combinaison de plusieurs facteurs qui, ensemble, finissent par user le corps.
1. Le rythme et l'organisation du travail. Le rythme imposé, les horaires, la répartition de la charge entre les équipes ou encore la façon dont les tâches sont réparties jouent un rôle déterminant dans l'apparition d'un TMS. Un délai de réalisation trop court, un temps de récupération insuffisant entre deux efforts, ou l'absence de pauses régulières empêchent le corps de récupérer correctement. Ces éléments, souvent perçus comme de simples contraintes de planning, comptent en réalité parmi les premiers leviers sur lesquels agir pour prévenir un TMS.
2. Le stress et l'ambiance de travail. Ce facteur est souvent oublié, mais il reste essentiel : le stress, le manque d'autonomie, le manque de reconnaissance, l'absence de soutien de ses collègues ou de son manager, ou encore la peur de perdre son emploi jouent un rôle réel. Il ne s'agit pas d'une simple impression : le stress entraîne une contraction musculaire prolongée et plus intense, ce qui accroît la charge supportée par les muscles et les tendons et ralentit leur récupération.
Les chercheurs ont montré qu'une situation est particulièrement à risque : quand on demande beaucoup à un salarié tout en lui laissant très peu de marge pour décider comment faire son travail. Environ 1 salarié sur 4 en France est dans cette situation.
3. Le corps et le geste lui-même. Il s'agit de la cause la plus connue : porter des charges lourdes, répéter sans arrêt le même geste, travailler bras levés ou dans une posture inconfortable, subir des vibrations (outils, véhicules). Le froid, le bruit ou un mauvais éclairage peuvent aussi aggraver les choses.
Source : ameli.fr ; INRS (institut de référence sur la santé au travail) ; DARES (ministère du Travail)
On imagine souvent les TMS réservés aux métiers « physiques », à tort : sept secteurs sont particulièrement concernés, à savoir les transports et la logistique, le commerce, l'agroalimentaire, le bâtiment, la propreté, la métallurgie, et l'aide ou le soin aux personnes âgées (notamment en maison de retraite).
Mais le travail de bureau n'est pas épargné. Rester assis toute la journée devant un écran, taper au clavier, utiliser une souris de façon répétée : cela provoque aussi des douleurs, notamment au cou, aux épaules et aux poignets.
Source : ameli.fr ; INRS
Avant 2020, seulement 7 salariés sur 100 télétravaillaient. Avec la crise sanitaire, cette pratique s'est généralisée en quelques semaines, et elle est restée.
Une étude officielle menée juste après cette période a montré un constat clair : les télétravailleurs ont eu davantage de troubles du sommeil et de douleurs qu'avant. Leur temps de travail a souvent augmenté, et le soutien de leurs collègues a eu tendance à diminuer, surtout pour ceux qui télétravaillaient beaucoup.
Pourquoi ? Deux raisons principales :
À cela s'ajoutent des risques moins visibles : une charge de travail qui grimpe, un sentiment d'isolement, et une frontière de plus en plus floue entre vie professionnelle et vie privée.
Source : INRS ; DARES